Club des médias, n°76 Fusion froide - cCommerce - Maisons passives - Interview d'Elisabeth Roman rédactrice en chef de Science & Vie Découvertes qui lance cette semaine Science & Vie Kids

Interview du journaliste : « Difficile de prévoir le volume de recette que nous atteindrons »


Interview d’Elisabeth Roman, 45 ans, rédactrice en chef de Science & Vie Découvertes qui a lancé il y a quelques semaines Science & Vie Kids, le premier magazine pour enfants sur iPad.

Elisabeth Roman (à droite) et son équipe. © D.R.

Quel a été votre parcours ? J’ai fait une maîtrise de science physique à l’université de Nice. J’ai eu vent d’une formation de journaliste scientifique à Paris, à l’ICST (Information communication scientifique et technique). Ensuite, j’ai travaillé à Canal J où j’ai été rédactrice en chef du programme scientifique de l’émission Atomes crochus. Puis j’ai monté ma société à l’époque de la  »bulle internet », Canal Zap, le premier guide des émissions TV en streaming sur le net. A l’époque, la France était un des rares pays où autant de chaînes TV sur le Web s’étaient créées. En revanche, l’ADSL n’était pas assez répandu et bien des chaînes TV ont mis la clé sous la porte. Donc ma société s’est arrêtée aussi. En 2002, je suis devenue rédactrice à Kid Paddle. Depuis 6 ans, je travaille à Science & Vie Découvertes dont je suis rédactrice en chef.

Pourquoi vous spécialiser sur le créneau de la science pour les enfants ? Chez moi, je ne regarde pas spécialement les émissions scientifiques mais j’ai une certaine facilité à comprendre. Ensuite, pourquoi les enfants ? Pas parce que j’adore particulièrement les enfants – chacun de nous en adore certains et pas d’autres. Mais c’est très amusant de travailler pour ce public – peut-être est-ce égoïste de ma part ! En effet, nous faisons du décryptage, de la connaissance. Science & Vie Découvertes est plus un magazine de connaissance qu’un magazine de science. Nous y traitons de l’actualité. Par exemple du saut à plus de 38 000 mètres d’altitude de l’Autrichien Felix Baumgartner. Je n’ai pas d’enfant. Je n’ai donc pas une réflexion de parent. Nous nous adressons aux enfants comme si nous étions des enfants. Nous n’avons aucun tabou d’adulte. En cela, nous nous démarquons de nos concurrents car nous avons cette liberté-là.

© D.R.

Comment en êtes-vous venue à lancer un iMag (magazine sur iPad) ? Je suis un peu Geek sur les bords ! Il y a deux ans, lorsque j’ai eu cet appareil entre les mains, je suis tombée parterre ! J’ai été fascinée. C’est un instrument cher, acheté par les parents mais les enfants se l’approprient. Désormais, il n’est plus de rare de voire un iPad pour les parents et un autre pour les enfants. En 2011, l’iPad a été le premier achat pour les moins de 12 ans. C’est devenu un objet obligatoire. Nous avons fait deux essais d’iMag, en décembre 2011 et en avril 2012 afin de tester les technologies de mise en page. A savoir celle d’Immanens et d’Aquafadas. Il y a encore 18 mois, lorsqu’un magazine voulait aller sur l’iPad, il lui fallait passer par des développeurs. Puis sont arrivés les plugins pour InDesign.Après deux ou trois jours d’utilisation, chacun sait rajouter, des vidéos, des diaporamas, des scrolls à droite ou à gauche. Au final, nous avons adopté l’outil d’Aquafadas pour iPad. Pour l’instant 65% des gens utilisant des tablettes tactiles on un iPad. Mais si cette terndance change, nous changerons aussi.

Est-ce vital de passer en iMag ? Oui. Avec Internet, la presse papier n’a pas fait recette. Par le biais du kiosque de l’AppStore d’Apple, l’information n’est plus gratuite. Grâce à l’iPad, la presse écrite revient dans le payant. D’ailleurs, c’est pour cette raison que tous les groupes de presse se ruent vers l’iPad.

© D.R.

Aviez-vous réalisé une étude de marché ? Non. Nous avons réduit nos coûts autant que possible. Comme nous sommes pionniers sur notre secteur, il est difficile de prévoir, malgré nos deux numéros d’essai, le volume de recette que nous atteindrons. A partir 31 octobre, Science & Vie Kidssera un iMag mensuel à 3,99 euros le numéro pour 12 n° par an. Il y aura 25 à 30 articles par numéro. Le contenu ne sera pas exactement la même chose que celui du magazine papier. De plus, comme les enfants grandissent, je peux également réutiliser des articles qui ont été déjà été publiés. A condition, bien sûr, de revisiter la mise en forme.

Quelles règles avez-vous mises en place pour votre iMag ? Tout d’abord, faire attention au fait que le lecteur est perdu. Avec le papier, on sait où sont le début et la fin d’un article ou du numéro. Pas avec l’iMag. Du coup, nous avons élaboré un mode d’emploi. Ensuite, nous avons essayé de ne faire qu’une seule règle : flèches, encadrés, ronds… l’enfant ne touche l’écran pour naviguer que lorsque c’est orange. C’est un repère important qui évite d’avoir une maquette trop stylisée que le lecteur ne comprend pas. Enfin, lorsqu’on arrive à la fin de l’article, il faut ne pas oublier de mettre  »fin ». A côté de cela, avec l’iPad, la navigation n’est plus linéaire mais en croix. On peut descendre dans la page mais aussi aller à gauche ou droite. Pour que le lecteur s’y retrouve, il y a un chemin de fer visuel qu’il peut appeler à n’importe quel moment. La notion d’iMag est encore très nouvelle. Que l’on soit Américain ou Français, nous sommes tous des inventeurs.

Pour les vidéos, vous avez des Journalistes reporters d’image ? Nous insérons environ dix vidéos par numéro. Soit une vidéo pour deux ou trois articles. Comme je viens de la télé, la vidéo, c’est important pour moi. Cependant, nos moyens sont limités. Du coup soit nous faisons les vidéos nous-mêmes. A cet égard, une de nos journaliste a été formée. Elle utilise une caméra basique et monte ses films sur son ordinateur. D’ailleurs, elle fait de belles choses. Ensuite, notre iconographe se charge à dorénavant de chercher des vidéos. A côté des vidéos, nous mettons aussi des sons. Nous faisons également des animations avec, par exemple, un personnage qui explose. Autre exemple, pour le plus grand chien du monde, nous faisopns grandir un chien. A côté, nous ajoutons une flèche qui atteint 1,12 m.

© D.R.

Comment trouvez-vous vos idées ? Nous sommes une petite équipe, la maquettiste, le chef de rubrique, l’iconographe, la secrétaire de rédaction et moi. Chacun de nous connaît bien le logiciel. Pour les brain stormings, c’est pratique. A partir de là, nous avons calé les animations de nos rubriques afin de ne pas avoir à réinventer la roue a chaque numéro. Par exemple, pour la rubrique Actu, nous avons 4 news, dont une vidéo et un truc qui grandit…

La fin du papier est-elle proche ? Je ne sais pas mais la presse écrite et la presse magazine va vers l’iMag. Il restera encore sûrement des choses très luxueuses sur papier. Mais la tendance sera comme pour la musique. Après le CD, le MP3. On revient rarement en arrière.

Comment comptez-vous atteindre la rentabilité ? Nous n’en avons aucune notion. Une chose est sûre. Les tarifs iMag sont bien moins chers que les tarifs papier. Ensuite, comme la diffusion est mondialisée sur le kiosque de l’AppStore, nous risquons d’être moins faciles à trouver… Il n’empêche. Comme le papier est en perte de vitesse, se retrouver sur un endroit où notre contenu peut se vendre est une chance. C’est important car l’essentiel de nos recettes provient, déjà sur le magazine, de la vente de contenus. Avec l’iMag, nous gardons la même logique.

Côté recettes pub, sur quelle base vous appuyez-vous ? Aujourd’hui, l’OJD intervient bien sûr sur le papier mais aussi sur le format PDF lorsque le magazine numérique est identique au magazine papier. En revanche, avec une vraie application iMag, l’OJD ne fonctionne plus. Du coup, certains rajoutent le PDF à leur application iMag. Il va falloir que cela vienne car nous avons besoin de nous mesurer à nos concurrents.

Est-ce que cela a été drôle de faire l’iMag ? Oui ! J’avais participé à l’internet des années 90-2000. Mais avec la tablette, je prends beaucoup plus de plaisir ! Avec le papier, beaucoup de gens ont la maîtrise de la maquette. Avec l’iMag, on défriche. On se sent vraiment faire partie des pionniers.

© Propos recueillis par Erick Haehnsen

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