Club des médias, n°71 Maison en carton - Continuer à travailler sur le Cloud - Le photographe qui deale - Pierre-Yves Platini cofondateur et directeur de la rédaction de Satellinet

Interview du journaliste : « Notre ambition, c’est de produire l’information de référence sur les médias et la communication en ligne »


Interview de Pierre-Yves Platini, 32 ans, cofondateur et directeur de la rédaction de Satellinet, un magazine hebdomadaire en ligne sur l’actualité de la communication et des médias, vendu sur abonnement, au numéro et à l’article.

Photo : Pierre-Yves Platini, cofondateur et directeur de la rédaction de Satellinet. © D.R.

Quel a été votre parcours ? Après avoir fait HEC, j’ai démarré en tant que consultant chez Rolland Berger, un cabinet conseil en stratégie. Puis j’ai rejoint Stéphane Distinguin, patron de faberNovel, une agence d’innovation où, en 2006, j’ai monté le département stratégie et organisation et élaboré les méthodologies internes. J’étais passionné par l’innovation dans tous les secteurs. C’est là que je me suis intéressé à la presse. Comme elle était déjà en crise, je me disais que c’était le meilleur moment pour innover. J’ai alors monté le Chapitre français du Social Media Club pour réunir les acteurs des médias en ligne et des réseaux sociaux afin d’échanger sur leurs retours d’expérience au lieu d’innover chacun dans son coin. Nous allons d’ailleurs fêter la semaine prochaine les 5 ans du Social Media Club Français. En parallèle, j’ai monté à San Francisco la direction marketing de Yoono, une start-up de publicité comportementale et d’agrégation de réseaux sociaux – qui s’est arrêtée. En 2009, je suis revenu chez faberNovel en tant qu’associé pour créer P.I.Nk, une filiale de faberNovel spécialisée dans le capital d’amorçage dont je suis toujours le directeur général.

Comment en êtes-vous venu au journalisme ? Dans le même temps j’ai créé Satellinet de mon côté avec Jacques Rosselin (actuellement conseiller du président de La Tribune) qui m’a aidé au début, Joël Wirsztel, patron de Fréquences qui édite Satellifax (premier quotidien sur l’audiovisuel) et Satellimag (magazine des hommes et entreprises des médias) et Johana Sabroux qui a été journaliste à liberation.fr et à e24.fr. J’ai créé ce magazine car je ne trouvais aucune publication sur l’économie des médias en ligne. Or j’avais énormément besoin d’informations factuelles du genre  »Combien lemonde.fr a-t-il vendu de pubs le mois dernier ? ».

Quelle est l’idée créatrice de Satellinet ? Notre ambition, c’est de produire l’information de référence sur les médias et la communication en ligne. Nous voulons être un point de repère pour les décideurs et les lecteurs. Je considère que notre travail est accompli lorsque les décideurs trouvent la vérité sur une tendance vérifiée de façon factuelle avec les chiffres, les tendances du marché, les principaux acteurs. Nous ne sommes pas un journal d’analyse ou d’opinion. Nous fournissons la matière factuelle qui permet aux décideurs de faire leur propre analyse.

Comment vous organisez-vous ? Nous allons à l’encontre de ce qui se pratique dans l’économie des médias : tout le monde se bat sur le gratuit pour récolter un maximum d’audience à monétiser par la pub ou trouver de la rentabilité en commercialisant des événements. Ce modèle était viable sur un grand marché comme celui des États-Unis. Ainsi, par exemple, TechCrunch a été valorisé à la revente quelque chose comme 10 millions de dollars. En France, le gâteau est beaucoup plus petit. Quitte à innover mieux, autant complètement se différencier ! Nous avons lancé un numéro 0 en décembre 2009 à l’occasion du Web 2009 de Paris pour recueillir les réactions du public et le premier numéro en janvier 2010.

Vivre du contenu, c’est une quête du Graal ! Comment faîtes-vous ? Je me suis appuyé sur Joël Wirsztel dont les titres vivaient déjà de la vente de leur contenus et bénéficiaient d’une superbe marque. Nous avons bénéficié de l’expérience de Fréquences, de son image de marque, de sa base de prospection. C’est une grande chance ! Du coup, nous sommes trois associés : Fréquences, Johana Sabroux et moi. Nos revenus proviennent essentiellement de la vente de contenus par abonnement (1 110 euros par an, NDLR) mais aussi de la vente au numéro et même à l’article.

La vente à l’article, ça marche ? Oui ! Nous les vendons à 3 euros, 6,5 euros et même 9 euros pièce ! La différence de prix se fait en fonction de la taille de l’article. Nous vendons aussi nos articles auprès de sociétés qui commercialisent des revues de presse dans les entreprises. Nos droits sont gérés par le Centre français d’exploitation du droit de la copie. Ces revenus sont suffisamment significatifs pour ne pas les ignorer !

Quelle prochaine grande révolution technologique percevez-vous dans les médias en ligne ? Les problématiques d’API (Application Programming Interface ou Interfaces de programmation) qui permettent de lier des applications entre elles. Aujourd’hui, un site qui veut monter en puissance ne peut plus s’en passer. Ce phénomène conduit à s’interroger sur son cœur de métier et, à côté, à trouver d’autres services partenaires qui vont prendre en charge les métiers qu’on ne veut plus exercer. Par exemple, en tant que producteur de contenu, j’ai intérêt à me focaliser sur l’organisation de ma production et à laisser la problématique du ciblage de l’audience à des services spécialisés. Dans le même esprit, on peut aussi imaginer monter un média et laisser aux spécialistes le soin de s’occuper de la régie pub, du SEO (Search Engine Optimisation). Amazon s’est très bien structuré autour de cette idée. Cela pose beaucoup de questions : à quelles applications me connecter ? Selon quels types de négociation ? Comment valoriser l’accès mon audience : à la requête ou à la qualification de cette audience ? Comment serait mon média basé sur les API et quel serait mon cœur de métier ? Il y a là de grands enjeux à la fois technologiques, stratégiques et organisationnels. C’est un sujet majeur pour les deux ou trois ans à venir.

© Propos recueillis par Erick Haehnsen

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