n°32, Vie Quotidienne

Monnaies virtuelles : la grande lessiveuse


Les devises virtuelles et les coupons électroniques prépayés se vendent sans contrôle. Les cybercriminels utilisent particulièrement l’une d’entre elles, le LR, pour « blanchir » l’argent sale sur internet.

Les monnaies virtuelles sur internet se multiplient. Citons, entre autres, le Linden dollar (L$) sur Second Life, le Kama sur le jeu en ligne massivement multijoueur Dofus, le Facebook Credit sur Facebook…. Les internautes achètent ces devises pour les dépenser ensuite à l’intérieur d’un monde virtuel. Il existe même des bureaux de change en ligne (VirWoX, moneyslex, Xchange4ls), parfois éphémères. D’autres monnaies virtuelles intéressent tout particulièrement les cybercriminels. C’est le cas du LR émis par Liberty Reserve, société immatriculée depuis 2002 au Costa Rica, un paradis fiscal bien connu. Les cybercriminels l’achètent comme monnaie d’échange sur les marchés noirs électroniques (Black Markets). Selon le Livre blanc des marchés noirs de la cybercriminalité, publié en juin dernier par la CEIS (Compagnie européenne d’intelligence stratégique), ces places de marchés électroniques illégales collecteraient chaque année des dizaines de milliards d’euros. Notamment grâce à la revente de numéros de cartes bancaires volées. A en croire le même rapport, Liberty Reserve serait détenue par deux anciens « malfrats ». L’un deux aurait récemment donné une réception dans un splendide établissement du Costa Rica pour célébrer sa réussite. Peut-être également pour remercier ce paradis fiscal dans lequel est immatriculée son entreprise. Laquelle apparaît aujourd’hui comme une « blanchisseuse » de monnaie virtuelle.

Les cybercriminels utilisent l’internet pour « blanchir » de l’argent « sale ».

Convertir de l’argent… en données informatiques. Tel est le constat de Marie Garbez, un des auteurs du Livre blanc des marchés noirs de la cybercriminalité. Pendant une année, cette analyste de la cybercriminalité a infiltré le réseau des utilisateurs de Liberty Reserve. « Pour eux, l’intérêt de ces monnaies virtuelles porte sur leur reconversion en monnaie réelle », lance l’experte, aujourd’hui analyste chez XMCO, un cabinet spécialisé en sécurité informatique. « Ces opérations de change sont difficilement traçables » Un procédé à la portée de tout un chacun. « Le premier pas consiste à acheter de la monnaie virtuelle dans n’importe quel bar-tabac en France, par exemple un coupon Ukash », explique Marie Garbez. « Cette monnaie parfaitement légale est éditée par une société agréée à l’échelle européenne. Le coupon se présente en France sous la forme d’un simple ticket de caisse sur lequel sont inscrits un code et une valeur marchande. » Résultat, l’argent liquide devient une simple donnée informatique.

Ce type de coupon s’achète de façon anonyme dans tous les bars tabac de France.

Transformer la donnée en LR. Seconde étape : convertir ce coupon électronique en équivalent LR. Détail important : Liberty Reserve ne traite qu’avec des grossistes indépendants, comme eCardOne (République Tchèque/Panama), Ebuygold (Hong-kong) ou Swiftexchanger (Bélize). « Par mesure de précaution, la société refuse de traiter directement avec les particuliers. Elle se borne à honorer la commande des grossistes dont elle prétend ne rien savoir », décrypte Marie Garbez. « Grâce à ce mécanisme, Liberty Reserve garde les mains propres. » Une fois la transaction effectuée moyennant une substantielle commission, l’acheteur repart avec des LR qu’il peut stocker sur un compte en ligne jusqu’à constituer de véritables fortunes échappant au circuit bancaire classique.

Les cybercriminels disposent de multiples manières de récupérer l’argent « propre ».

Récupérer de l’argent « propre ». En pratique, ces deniers peuvent être dépensés par les cybercriminels de manière anonyme dans les Black Markets qui ont érigé ce moyen de paiement en devise officielle. Autre  alternative : revendre les LR à un échangeur privé qui les convertit en dollars. Celui-ci va jusqu’à organiser le transfert de fonds via le compte bancaire d’une « mule ». Il peut également opter pour l’envoi postal d’une carte de retrait à usage unique (carte offshore), fonctionnant dans n’importe quel Distributeur automatique de billets (DAB). Par ailleurs, l’échangeur peut recourir à des opérateurs légaux de transfert d’argent, comme par exemple Western Union. Pour plus de discrétion, lorsque la somme est trop importante, les transactions sont segmentées. Dernière solution : il existe en Russie et au Nigeria des bureaux de change physiques capables de fournir la somme en cash, dans une mallette… Reste pour le cybercriminel à faire le voyage. « Tout se déroule sans que la loi n’y trouve rien à redire », rapporte Marie Garbez. « En effet, comment accuser Liberty Reserve de blanchir de l’argent virtuel ? Il y a un vide juridique… » Une aubaine pour les cybercriminels.

© Guillaume Pierre

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Discussion

Une réflexion sur “Monnaies virtuelles : la grande lessiveuse

  1. Eh bien c’est le cas , et malheuresement ( pour certaint ) 😉 parlons de la justice , ils ne peuvent techniquement rien faire . Et disont merci à LR !

    Publié par noway | août 5, 2012, 9:56

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