Club des médias, n°32

Interview du journaliste : « Il y a une certaine volonté à construire le Peace Business en Israël »


Interview de Nathalie Hamou, journaliste installée depuis 2003 en Israël. Habituée à couvrir les sujets économiques et technologiques, elle met en relief l’apport des réseaux sociaux et du logiciel libre dans le mouvement des Indignés israéliens.

Nathalie Hamou.

Comment en êtes-vous venue à vous installer en Israël ? Après Science Po, j’ai passé un master de journalisme à l’Université de New York pendant lequel j’ai étéstagiaire Village Voice, le grand hebdo culture et société de Manhattan. De retour en France, j’ai eu la chance d’intégrer tout de suite La Tribune de l’Expansion, devenue La Tribune où je suis restée 11 an jusqu’à mon expatriation en Israël en 2003 afin d’y suivre mon conjoint.

Qu’avez-vous découvert ? La seconde Silicon Valley du monde qui court de Tel Aviv à Haïfa. Un aspect d’Israël assez peu connu du grand public. Dans le milieu des années 70, Intel a été le premier à y délocaliser une partie de sa R&D. Le processeur Centrino y a été inventé. Aujourd’hui, on y trouve Google, Yahoo, Microsoft… Depuis la fin des années 2000, le nombre de start-up a explosé dans les télécommunications, la sécurité informatique, les biotechnologies, les nouvelles énergies et les technologies propres (Clean Tech). On compte 3.850 start-up, soit une jeune pousse pour 1.800 habitants. Un record mondial. Israël est n°1 mondial dans l’instrumentation médicale et n°4 mondial en nombre de brevets déposés dans les biotechnologies, n°2 mondial en termes de Capitaux-risqueurs, derrière la Californie. Les entrepreneurs français pourraient d’ailleurs considérer Israël comme tremplin vers le marché américain.

Après le Printemps arabe ou les Indignés de la Puerta Del Sol, les réseaux sociaux ont donné de la voix aux Indignés d’Israël… Tout est parti début juillet d’un  »post » sur Facebook. Une jeune étudiante courroucée par la hausse faramineuse des loyers à Tel-Aviv y annonçait son intention de camper sur le boulevard Rothschild, un quartier huppé de la capitale économique, en signe de protestation. La  »révolte des tentes » a rapidement mobilisé l’ensemble de la classe moyenne israélienne. Samedi 3 septembre, 460.000 personnes ont encore défilé dans les rues pour protester contre la vie chère et les monopoles. A la différence du Printemps arabe, l’Été israélien n’est pas motivé par la volonté de faire tomber le gouvernement….

Guy Sheffer, à l'origine du projet de SMS gratuits.

Y a-t-il des réseaux sociaux spécifiques ? Le mouvement des indignés dispose bien sûr de son site Internet. Mais des dizaines de programmeurs,entrepreneurs, et spécialistes des médias sociaux se sont mobilisés pour créer des outils ad hoc: une plate-forme de SMS gratuits destinée à relier les campements, des agoras digitales permettant aux citoyens de faire avancer le débat public, y compris une fois que les villages de tentes seront démontés. Chose qui devrait se produire dans les jours à venir…. L’équipe d’experts nommée par le gouvernement israélien pour avancer des propositions, est également très active sur le front des médias sociaux.

Quelle est la contribution des start-up informatiques ? Pour l’heure, les recrues de la High-Tech ont prêté main forte au mouvement à titre personnel. Mais il y a des contributions plus spécifiques. Une jeune pousse israélienne baptisée Trend It a par exemple inventé un système pour évaluer en direct le nombre des manifestants à partir des signaux émis par leurs téléphones portables… Via la start-up israélienne give2gether, les leaders du mouvement ont lancé un appel à contribution en vue de lever 20.000 euros. Enfin, si la technologie ne peut à elle résoudre des problèmes sociaux, l’implication de la communauté israélienne du logiciel libre n’en demeure pas moins un signe fort.

En dehors de Tel-Aviv, le mouvement fait-il tâche d’huile dans le pays ? Les grandes manifestations du mois d’août, comme celle du 3 septembre, ont mobilisé toutes les grandes villes du pays, de Tel-Aviv à Haïfa, en passant par Jérusalem et Beer Sheva. Signe que la grogne ne se réduit pas à l’expression d’un simple ras-le-bol contre la flambée des prix immobiliers à Tel-Aviv.

Dans la sphère de la High-Tech, l’atmosphère se détend-elle entre Israéliens et Palestiniens ? Il n’y a pas énormément de Joint Ventures entre Jordaniens, Égyptiens et Israéliens. En revanche, il y a des projets communs entre les Israéliens et Palestiniens à Ramallah. Car les développeurs palestiniens sont moins chers et de grande qualité. Il y a aussi une certaine volonté de construire le Peace Business en partenariat avec des entreprises américaines comme Cisco ou HP. Cette triangulaire marche bien.

© Propos recueillis par Erick Haehnsen


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