Club des médias, n°50

Interview du journaliste : « Garder mon autonomie journalistique »


Interview d’Adrien Duquesnel, 28 ans, photoreporter et pionnier de la photo immersive. Il recourt au  »Crowdfunding » dans l’espoir de trouver un financement pour retourner dans la zone du Tsunami au Japon.

Autoportrait (c) Adrien Duquesnel

Quel est votre parcours ? Après un stage à La Nouvelle République à Tours, en photo car je n’avais pas fait Science Po, j’ai pigé pour La Dépêche du Midi et son supplément économique. J’ai suivi Paul-Henry Delerue, un champion de Border-Cross qui a gagné une médaille de bronze aux JO de Turin. J’ai alors vendu des photos en national, à Sport Magazine, Libération… A l’été 2006, j’ai fait un tour de France des banlieues qui a fait l’objet de trois expositions à Rennes, Marseille et Aubervilliers. J’ai aussi couvert le Forum social mondial à Nairobi (Kenya), le trafic de femmes dans les pays de l’est (Moldavie, Transnistrie…). J’ai également travaillé en Estonie.

Comment en êtes-vous venu au panoramique immersif ? En collant les images. Vers 2005, j’ai découvert les moteurs 3D en Flash et en programmation HTML. Le logiciel de lecteur Quicktime a alors permis de lire une image panoramique à 360° en rotation latérale et 180° sur le ratio sol-ciel. Aujourd’hui, j’utilise encore Flash mais j’ai appris à coder en HTML. Il faut savoir que l’image panoramique plonge l’internaute dans une scène, un lieu ou un univers à distance comme s’il y était. On y voit de toutes parts en même temps. C’est  »immersif ».

Comment vous y prenez-vous ? En codant, on peut créer deux niveaux d’interactivité. Tout d’abord, un niveau fixe avec des boutons comme un menu ou un tableau de bord, sur le côté de l’écran. Ensuite, dans l’image mobile. Il s’agit alors de prendre des éléments (une photo, une vidéo, un son) qui vont devenir actifs au survol de la souris et qui vont s’activer. J’ai commencé à le faire en mélangeant de la photo traditionnelle de presse pour la presse papier. Par la suite, j’ai publié mes travaux sur des blogs qu’on pouvait lire à condition d’avoir installé au préalable le Plug-in Quicktime.

© Adrien Duquesnel

Pourquoi aller si loin dans l’informatique ? Pour garder mon autonomie journalistique : aller sur le terrain, capter les images, le son et les vidéos, recueillir les témoignages, les scènes. Une fois qu’on a compris les problématiques, les événements, les contradictions, les situations, il faut confronter les points de vue. Je veux maîtriser la réalisation d’un objet interactif et immersif : le choix des images, la maquette, l’ergonomie de navigation, les effets spéciaux… J’apporte ainsi une plate-forme contextuelle qui permet de naviguer entre les différentes sources avec une cartographie interactive qui les accompagne.

Et cela se vend-il bien ? C’est encore timide. J’ai commencé sur le marché de la com’. En presse, j’ai fait le Making-off d’un shooting de mode pour Madame Figaro. C’est sorti sur sa version iPad. J’ai fait la même chose pour des chambres d’hôtes. En moyenne, je vends 500 euros la prise de vue. Ensuite, en fonction du volume (une ou 10 prises de vue), du développement informatique spécifique, du travail de création graphique, du design de l’interface… cela peut aller jusqu’à 5.000 ou 10.000 euros. En général, les budgets oscillent entre 500 à 3.000 euros.

Photos du Tsunami du 11 mars 2011 dans la région du Fukushima au Japon. © Adrien Duquesnel

Qu’en est-il du Crowdfunding ? L’année dernière, j’ai autofinancé mon reportage au Japon, juste après le tsunami. A mon retour, ce n’était plus d’actualité. J’ai indiqué aux journaux et médias que je comptais y retourner 11 mois après la catastrophe. J’ai besoin de 3.000 euros pour arriver à sortir un reportage juste pour l’anniversaire. Les gens sont intéressés mais personne ne veut mettre la main au portefeuille. Donc je n’arrive pas à lancer le projet. Je connaissais le phénomène du Crowdfunding, ou financement participatif, pour le Web-doc. Puis j’ai fait mon enquête. J’ai découvert plusieurs opérateurs de Crowdfunding : Ulule, Emphas.is et Kisskissbankbank avec qui je me suis entendu. Une fois mon projet validé, j’ai obtenu une page Web pour présenter mon projet, mon évaluation budgétaire, mon profil… Après une seconde évaluation, tout a été mis en ligne. A ce moment-là, il faut créer le buzz partout : sur Twitter, Facebook, Viadeo, Linked-in… J’ai créé un découpage des cotisations avec des contre-parties : pour 5 euros, le donateur a son nom au générique, pour 10 euros, il a un petit pendentif japonais pour téléphone portable. Pour 20 euros, un kit d’origami. Pour 100 euros, j’offre un tirage numéroté en 20 cm x 30cm, et pour 200 euros, un panoramique. Au bout d’une semaine, j’ai levé 500 euros en une semaine. Surtout des potes. D’autres personnes que je ne connais pas commencent à cotiser.

© Propos recueillis par Erick Haehnsen

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