A l’occasion de "La Nuit du Hack", organisée à Paris en juin dernier par Sysdream, spécialistes des audits informatiques, plus de 1.000 hackers ont investi l’hôtel New-York de Disneyland Resorts. Ici, pas de cybercriminels mais des passionnés venus présenter les dernières trouvailles et tendances en matière d’insécurité informatique.
Jeunes, souriants, cosmopolites et intelligents… les hackers sont une élite discrète au sein de la Société. Bien loin des clichés dont on aime à les affubler. En réalité, ils ne sont ni ces pirates assoiffés de crimes virtuels que certains se plaisent à dépeindre. Ils ne collent pas non plus à l’image d’adolescents boutonneux et irresponsables qu’on imagine. En revanche, beaucoup étudient dans des filières scientifiques, d’autres travaillent dans les services de sécurité ou les directions des systèmes d’information des grandes entreprises. Sur leur temps libre, tous les hackers aiment "bidouiller" des objets technologiques. Ce sont des inventeurs… maudits. Pour leur plus grand malheur, la démocratisation des outils informatiques dont ils sont les vecteurs s’oppose au culte du secret instauré par les grandes enseignes de l’informatique dite "propriétaire" (Microsoft, Apple, Oracle…) qui voient d’un très mauvais œil la diffusion des algorithmes et codes sources de logiciels sur lesquels sont adossés leurs produits commerciaux. Une réalité économique qui fait parfois oublier que les hackers revendiquent, avant tout, la liberté d’innover.
Saine émulation. Dans la salle de conférence, ils se pressent autour de tables de démonstration. Beaucoup viennent découvrir de nouvelles techniques présentées par des professionnels confirmés. « J’aime mettre la main à la pâte pour comprendre comment les choses fonctionnent », souligne Quentin, à peine la vingtaine, tombé dans le ‘’hacking’’ dès l’âge de 8 ans… deux ans seulement après avoir reçu son premier ordinateur. En marge d’un doctorat en informatique, le jeune homme se passionne pour des sujets très divers : développement photo, mécanique des fluides, pilotage d’avion… « Je me suis même mis à la robotique en autodidacte dans mon garage », précise-t-il. « Ma dernière lubie, c’est de bidouiller des cartes bleues. » Une activité totalement répréhensible par la loi. Les hackers n’en ont cure. « Moi, je suis à l’école. Et même mon professeur nous avoue à demi-mots qu’on ne peut rien hacker sans contourner les limites de la légalité. C’est tout simplement indispensable », justifie Tix-le-geek, sorte de "Géo Trouvetou" de la soirée. Cet inventeur hors pair est venu partager ses découvertes avec la communauté. Des trouvailles qui feraient froid dans le dos de certains chefs d’entreprises.

« Apprenez à trafiquer des serrures. Venez apprendre à hacker les portes d'entrées », harangue un intervenant. (c) Guillaume Pierre
Dangereuse production. Tix-le-geek tient dans sa main un circuit imprimé muni d’un écran. « Mon système lit à la volée des clés de sécurité RFID [Radio Frequency Identification, NDLR]. Même dans la rue », explique-t-il devant la foule ébahie. Joignant le geste à la parole, il approche un badge de contrôle d’accès dernier cri à quelques centimètres de son appareil. L’écran s’allume et affiche une série de chiffre. « Imaginez qu’un PDG dispose d’une télécommande RFID pour ouvrir le garage de son entreprise. Il me suffit de passer à coté de lui pour récupérer ses données d’accès. » L’exemple est fortuit et uniquement destiné à impressionner l’assemblée. « Je ne suis pas un Black Hat [''méchant'' hacker, NDLR]. Je ne veux pas de mal aux entreprises », souligne le hacker. « Je souhaite même les aider à mieux se protéger. Mais, la plupart du temps, elles considèrent les hackers comme des criminels et portent plainte contre nous… » Une réalité injuste dénoncée par tous les hackers. Mais en parallèle, dans une autre partie de la salle, le public se presse autour d’un atelier… un peu spécial : « Apprenez à trafiquer des serrures. Venez apprendre à hacker les portes d’entrées », harangue un intervenant. Avec une facilité déconcertante, une foule de jeunes viennent à bout des rouages les plus retors.
© Guillaume Pierre























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